Appels à contribution (2007-2008)

Transmission et sentiment d'héritage dans l'écriture de soi

Archéologie du moi

Écritures auto/biographiques et traductions

Histoires de vie, témoignages, autobiographies de terrain : formes d'énonciation et de textualisation

Un genre blog ?

Les Genres mineurs: genres de document et le document comme genre


 

Transmission et sentiment d’héritage
dans l’écriture contemporaine de soi ?

Projet d'ouvrage collectif du Centre de Recherches sur les Littératures Modernes et Contemporaines (Université Clermont-Ferrand II) dans le cadre du programme « Intergénération : ruptures et continuités »

Direction : Béatrice Jongy (Université Clermont-Ferrand II) et Annette Keilhauer, avec la collaboration de l'APA (Association pour l'Autobiographie et le Patrimoine autobiographique, co-fondée par Philippe Lejeune)

Vos propositions d'articles (titre + résumé d'une dizaine de lignes) sont à envoyer avant le 31 décembre 2006 à : Béatrice JONGY (CRLMC, Université Blaise Pascal). Adresse : 21 rue de la Pompe, 75116 Paris.

I.    Orientation générale

Le volume traitera de l'image des relations intergénérationnelles dans les écritures contemporaines de soi : autobiographies, (y compris romanesques), correspondances, journaux, entretiens, mémoires…), dans une perspective interdisciplinaire. Il s'agit d'établir de réels dialogues et échanges entre anthropologues/ethnologues, historiens, historiens de l’art, sociologies, psychologues et bien entendu littéraires.

Les articles seront essentiellement consacrés à l’époque contemporaine, avec cependant des mises en perspective historiques.

Le titre envisagé, "Transmission et sentiment d’héritage dans l’écriture contemporaine de soi", met l'accent sur une double direction.

1. La transmission, c'est-à-dire la volonté, de la part de celui qui écrit, de transmettre à ses descendants, ou à un / plusieurs membre (s) appartenant à une génération postérieure, une expérience et une pensée. Cette transmission d'un savoir générationnel peut prendre la forme de témoignages sur des expériences liées à un contexte historique traumatisant, tel que la vie dans les camps, l'exil, l'émigration… L'ouvrage L'Écriture de soi peut-elle dire l'Histoire ? sous la direction de Jean-François Chiantaretto, BPI en actes, Paris, 2002 (Actes du colloque organisé par la BPI les 23 et 24 mars 2001), sera à ce titre particulièrement éclairant.

2. Le sentiment, de la part de celui qui écrit, d'être un héritier. Le "sentiment d'héritage" définit l'impression qu'a le sujet écrivant d'être l'héritier moral, psychique, intellectuel et / ou spirituel d'un parent, généralement disparu.

L'héritage peut être perçu comme enrichissant, comme dans L'autobiographie de mon père de Pierre Pachet (1994). L'auteur s'est efforcé de relater sa vision du nord de la Roumanie, d'où son père était originaire. Véritable «visiteur de l'histoire», il tente d'établir au fil des conversations avec ses interlocuteurs un dialogue autre que celui qu'ils ont l'habitude de nouer avec les Occidentaux de passage. Sans relâche, il s'exerce à faire "pivoter" sa pensée, à opérer ses "conversions" difficiles mais seules capables de combler ce "désir de comprendre" aussi douloureux que nécessaire.

Mais  cet héritage est la plupart du temps vécu comme destructeur. Patrimoine (1994) de Philip Roth est ainsi un véritable mémorial à la maladie et l'agonie du père. Le malheur indifférent (1975) de Peter Handke et Lambeaux (1995) de Charles Juliet retracent l'histoire de mères dépressives. Le sujet mélancolique devient alors une véritable crypte familiale, et son écriture autobiographique, plus ou moins travestie, dialogue avec un fantôme.

Les deux postures, positive et négative, peuvent bien sûr se superposer, et il n'est pas rare que l'héritier devienne, du fait de l'écriture, un testateur. Dans Le premier homme, Albert Camus, orphelin d'un père " mort pour la patrie " et unique soutien d'une mère indigente et analphabète, se propose d'" arracher cette famille pauvre, au destin des pauvres qui est de disparaître de l'histoire sans laisser de traces : les muets" (Paris, Gallimard, 1994, p. 293.)

II.     Mères et filles

Une partie de cet ouvrage sera consacré aux relations mères/filles, dont Caroline Eliacheff et Nathalie Heinich (Mères-filles, une relation à trois, 2002) ont montré qu'elle se caractérisait par son ambiguïté et ses fluctuations dans le temps. Les deux auteurs mettent d’ailleurs en relief les étapes qui marquent sa construction : “Le devenir-femme centré sur le passage de la tradition à la modernité dans le statut de la sexualité ; le devenir-mère, centré sur la question de la transmission ; et la confrontation avec le vieillissement et la mort.”

Des romans autobiographiques comme  La Pianiste (1983) d'Elfriede Jelinek, ou ceux d'Amy Tan, écrivaine sino-américaine, (notamment The Bonesetter's Daughter, 2001), qui racontent son enfance auprès d'une mère suicidaire et instable, en sont l'illustration.

Le vieillissement et la mort de la mère sont également l'objet d'ouvrages à caractère autobiographique comme ceux de Simone de Beauvoir (Une mort très douce, 1964), d'Annie Ernaux, (Une femme, 1988), de Pierrette Fleutiaux, (Des phrases courtes, ma chérie, 2004), de Noëlle Châtelet, (La dernière leçon, 2005).

III.     L'APA

Le corpus ne se limitera pas à des écrivains reconnus, mais intégrera l'ensemble des écrits autobiographiques dans lesquels cette notion d'hérédité est présente. C'est dans cette perspective que la collaboration de l'APA sera particulièrement fructueuse, dans la mesure où elle ouvre le champ littéraire à une perspective sociologique. Cette asoccation assure en effet la collecte, la conservation et la mise à disposition de textes autobiographiques inédits. Il est donc souhaitable qu'un certain nombre d'intervenants se penchent plus particulièrement sur ce fonds. Dans l'optique de la transmission intergénérationnelle, le corpus de l'APA est en effet d'une très grande richesse, et présente sans doute des situations plus variées que celles qui émergent dans le monde des livres imprimés. Deux postures s'y donnent à lire :

1. La famille est perçue comme une entité dont le scripteur devient le narrateur, s'effaçant lui-même. La transmission justifie parfois l'entrée en écriture. On interpelle alors les destinataires dans le préambule, on se justifie devant eux. On craint de heurter la mémoire des disparus. On découvre parfois qu'un ascendant avait déjà envisagé ce travail. Il arrive que l'on verse des preuves de l'Histoire, et le lecteur assiste alors aux pérégrinations familiales. La tonalité est en général positive. L'ouvrage est à envisager comme un hommage aux siens.

2. Le scripteur se positionne lui-même dans la famille réduite à sa plus simple expression, et met l'accent sur sa propre existence. Il souligne les failles et désordre de la famille, qui apparaît alors comme le lieu d'une tragédie, un caveau mortifère.

L'ampleur du fonds ne doit pas décourager les bonnes volontés. Le fonds est très bien indexé, grâce au Garde-mémoire, recueil des échos de lecture qui paraît tous les deux ans. Certains membres de l'Association, en particulier Philippe Lejeune (Président) et Véronique Leroux-Hugon (secrétaire), sont prêts à orienter les lecteurs, en organisant une réunion d'information, et en assurant un suivi. Dans des pays voisins, l'Italie et l'Allemagne, des archives analogues sont fort utilisées, et permettent d'ouvrir le champ de la recherche.

Cf le site internet : http://sitapa.free.fr



Archéologie du moi

Appel à contribution
Date limite : 30 juin 2007

Université de Cergy-Pontoise, fin novembre 2077 (centre de recherches Texte/Histoire)

« Qu'est-ce que le moi », demande Pascal dans les
Pensées , « Où est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, ni dans l'âme ? « Ce moi, c'est-à-dire mon âme », écrit pour sa part Descartes dans le Discours de la méthode . Dès l'apparition dans la langue du pronom substantivé « moi », deux conceptions joueraient à front renversé : celle d'une unité spirituelle, (unité du moi, "unité composée" ?) et celle d'un objet de désir, voire d'une fiction, ou d'une fable. Qu'en est-il de cette figure de la modernité qui se cherche entre littérature, psychologie et philosophie, d'égoïsme en égotisme, intuition fragile toujours en quête d'elle-même et de son autre?
Des Lumières à l' « âge de l'histoire », pour reprendre le nom que Foucault donne au XIXe siècle, de la modernité à une réflexion contemporaine qui semble parfois vouloir retrouver un sujet perdu, on s'interrogera sur l'historicité d'une notion qui ne va pas de soi, au voisinage entre autres de sujet et de personne, sur ses usages, ses fêlures et ses éclipses dans la langue, du « moi » au « soi » : pour une « archéologie du moi » à la lumière de l'anthropologie, des philosophies du sujet, de la psychanalyse aussi. À l'horizon de la réflexion, la question même de la littérature, et de l'énigmatique consistance qu'elle confère au « moi », revisitant sans cesse la fameuse question de Figaro : « Quel est ce moi dont je m'occupe ? ».

Responsables :
Caroline Jacot Grapa
Gisèle Berkman

Les propositions de communication (une page maximum, coordonnées complètes de l'intervenant) sont à envoyer par courriel à

Caroline Jacot Grapa (caroline@jacot.net)

ou à

Gisèle Berkman (gisele.berkman@wanadoo.fr)

avant le 30 juin 2007

Responsable : Caroline Jacot Grapa et Gisèle Berkman

Url de référence : http://www.u-cergy.fr
Adresse :
Université de Cergy Pontoise, Centre de recherches Texte/Histoire, 33 bd du Port, 95000 Cergy.

Appel à communications : date limite 1er novembre 2007 (prolongée jusqu'au 15 novembre 2007)

 6ème Congrès biennal international

de l’Association Internationale d’Auto/Biographie (IABA)

 Honolulu, Hawaii, 23-26 juin 2008

 

Thème du Congrès : Écritures auto/biographiques et traductions

Le Centre de recherche biographique (Center for Biographical Research) et l’Association Internationale d’Auto/Biographie (International Auto/Biography Association, IABA) invitent les chercheurs de monde entier à venir participer au 6ème Congrès de l’IABA, qui se tiendra au « East-West Center », près du campus de l’Université d’Hawaii, à Mânoa (Honolulu).

La traduction est au centre de toutes les formes de représentation. Le thème de ce Congrès est : « Écritures auto/biographiques et traductions », au sens le plus large du terme. Nous accueillerons des communications traitant des types de traduction ci-dessous – mais aussi bien d’autres types :

Linguistique : Récits d’acquisition du langage, en relation avec la perception de l’identité, des relations avec les autres, de l’appartenance, de l’exclusion. Récits d’immigrants. Peuples indigènes et écriture auto/biographique. Textes multilingues. Textes polyphoniques et hétéroglossiques. Et naturellement, la traduction de textes auto/biographiques d’une langue à une autre.

Générique : Les écritures auto/biographiques se déplacent souvent d’une forme littéraire, artistique, disciplinaire, technologique ou rhétorique à une autre. Les communications peuvent traiter de représentations de vie par l’intermédiaire de n’importe quel média : film, expression graphique, écriture, image, représentation théâtrale. Elles peuvent étudier l’adaptation d’une forme de représentation à une autre – du livre au film, du film à la musique, de l’oralité à la littérature, de la page à la scène, des confessions de célébrités à l’auto-ethnographie, de l’étude de cas à la conversation. Ou bien elles peuvent s’intéresser à des œuvres multigénériques – écriture de vie en ligne incorporant des dimensions visuelles, auditives et textuelles, ou des performances combinant présence et représentation dans des médias divers.

Culturelle : la traduction, en matière de culture, concerne les efforts délicats mais nécessaires pour faire passer des idées, des histoires, des soucis, des désirs, des besoins, des politiques, des identités qui sont centraux d’une position ou communauté culturelle à une autre. La traduction est l’acte qui a toujours lieu dans ce que Mary Louise Pratt appelle la « zone de contact », et Greg Dening la « plage » où les cultures se rencontrent, ou dans une audition de « Commission pour la Vérité et la Réconciliation ». La traduction amène souvent nécessairement à traiter de problèmes de genre, race, classe et handicap (transnationaux, trans-genre, transculturels). Des déplacements entre états ou espaces (transits, transitions) donnent souvent leur forme aux récits de voyages. Et ils participent souvent à la dynamique politique et culturelle entre les nations, ou les groupes nationaux.

Comme notre souci principal sera de susciter et d’entretenir des échanges entre les participants au Congrès, les communications devront être limitées à quinze minutes, pour laisser le temps, dans toutes les sessions, aux questions et à une discussion générale. Des ateliers traitant d’un sujet unique et proposés en bloc seront les bienvenus. (Les ateliers et les sessions comportent trois intervenants). Etant donné le thème du Congrès, les ateliers peuvent être dirigés et les communications individuelles présentées dans la langue choisie par les intervenants – différents arrangements seront faits bien avant le Congrès pour permettre aux autres membres du Congrès de participer. Tous les intervenants doivent aussi informer les organisateurs des moyens nécessaires à leur présentation – DVD, Internet en ligne, projection visuelle, audio, etc.

Les résumés des communications doivent avoir environ 300 mots (1800 signes). Il faut un résumé pour chaque communication au sein d’un atelier. La date-limite pour l’envoi des résumés est le 1er novembre 2007. Quoique l’on préfère l’envoi par courrier électronique, les résumés peuvent être proposés par la poste ou par fax aux adresses ci-dessous.

IABA Conference Call for Papers

c/o The Center for Biographical Research

Department of English

1733 Donaggho Road

University of Hawai‘i at Mānoa

Honolulu, Hawai‘i  96822

USA

Fax number: 1-808-956-3774

e-mail: biograph@hawaii.edu

 

Nous serons heureux de répondre à vos questions. Prenez contact avec le Center for Biographical Research aux mêmes adresses et numéros.

 

Craig Howes

Director,

Center for Biographical Research

Co-Editor, Biography: An Interdisciplinary Quarterly

Professor of English



Histoires de vie, témoignages, autobiographies de terrain :
formes d'énonciation et de textualisation

Appel à contribution
Date limite : 5 septembre 2007

Workshop International
Université de Palerme, les 12 et 13 octobre 2007

Ce workshop est le résultat d'une recherche menée conjointement par des anthropologues de l'université de Palerme et de Lausanne sur la signification d'histoires de vie, témoignages et autobiographies de terrain. À ce stade de la recherche, nous entendons nous interroger, avec des spécialistes de disciplines différentes, sur les modalités suivant lesquelles on raconte, collecte et analyse des histoires de vie de l'observé et/ou de l'observateur, du natif et/ou de l'anthropologue. Dans cette perspective, les contributions de spécialistes de disciplines diverses (anthropologie, linguistique, sémiotique, épistémologie, critique littéraire et de la culture, etc.) sont particulièrement bienvenues pour faire émerger des points de vue complémentaires sur des catégories centrales dans les sciences de la culture telles que l'objectivation de l'observation et la représentation du dialogue, la figuration de la voix du narrateur et du sujet agent, l'abstraction du métalangage et son efficacité symbolique, le savoir comme produit et le savoir comme procès de la recherche, etc. Les questions sémiotiques et anthropologiques que les participants pourront se poser sont nombreuses. Quel rapport s'instaure, par exemple, entre l'expérience et la narration ou entre l'acte de parole inter-individuel et la textualisation ? Quel rôle jouent, dans la forme finale et dans la rédaction de l'écrit, la mémoire de l'observateur et les formes de transcriptions partielles telles que les notes de terrain ? Quelles significations prennent, dans les histoires de vie, les multiples stratégies de représentation du Moi et d'où tirent-elles leur valeur ? Et, encore, quels processus sont sous-entendus (ou éludés) dans l'interprétation et l'écriture de l'interaction qui s'établit entre Nous et les Autres ? Finalement, de quelle manière l'opposition énoncé/énonciation peut servir à repenser les formes de l'expérience et de la subjectivité condensées dans les histoires de vie, les témoignages ou les autobiographies de terrain ? Ce ne sont que quelques-unes des questions que les participants pourront se poser afin de montrer le double statut épistémologique (moyen et finalité) des histoires de vie, des témoignages et des autobiographies de terrain. Dans cette optique, un regard interdisciplinaire se révèle être pertinent pour investiguer leur valeur (instrumentale et méthodologique) et, de manière plus générale, pour comparer le savoir de l'anthropologie avec celui d'autres disciplines telles que la linguistique et la sémiotique.


Envoi des propositions et autres renseignements :

Gabriella D'Agostino (antropos@unipa.it) et
Stefano Montes (montes.stefano@tiscalinet.it)


Informations pratiques :

Date limite d'envoi des propositions : 5 septembre 2007.

Résumé de la proposition : 250-300 mots.

Durée des communications : 20 minutes.

Langues de travail : italien, français et anglais.

La participation au colloque est gratuite aussi bien pour les intervenants que pour le public. Les frais de voyage et de logement, ainsi que les repas sont à la charge des intervenants.

Les actes du colloque seront publiés.


Adresse :
Stefano Montes Via Giovanni Sgambati, 5 90145 Palermo (Italie).

Un genre blog ?

Appel à contribution : journée d'études juin 2008

Organisatrices : Christèle Couleau et Pascale Hellegouarc'h – CENEL, Université Paris 13.

Date limite de proposition : 30 octobre 2007

Le projet général :

Les blogs forment un corpus à la fois massif et très hétérogène. Leur nombre croissant, au-delà du phénomène de mode, marque un retour en force du « je », s'énonçant à travers une large variété de thèmes, de styles, d'approches. Qu'ils le théorisent eux-mêmes ou que leur pratique seule le signale, ils apparaissent donc comme un lieu d'expression spécifique, adapté à de nouvelles contraintes et générant de nouveaux codes.

Cette journée d'étude ouvrira un séminaire dont l'objectif sera d'observer les blogs, afin d'étudier notamment la façon dont ils repensent les champs de l'écriture et de la publication – création, édition, liberté d'expression, réseaux de sociabilité, légitimité des écrits, frontières des genres…

Cette perspective suppose la collaboration de chercheurs travaillant sur différents domaines (médias, littérature, politique, sociologie culturelle, etc.), elle implique aussi une relation étroite avec les acteurs de l'univers du blog. Outre sa dimension scientifique, ce séminaire souhaite donc être un espace d'échange et de rencontre.


La journée d'études : Un genre blog ?

Il ne s'agirait pas de faire à tout prix du blog un genre nouveau, mais, en jouant sur la polyphonie du terme, de poser de cette façon la question des modalités d'écriture et des horizons d'attente que ce mode d'expression programme à travers la diversité de ses actualisations. D'où une tentative de définition, non seulement en tant qu'objet technologique et fonctionnel (ce par quoi le blog se différencie d'autres formes d'écriture sur internet), mais aussi en tant qu'objet esthétique. Peut-être trouverait-on un point de départ dans la notion d'essai, au sens où l'entendait Montaigne. On observerait en particulier en quoi le blog travaille les genres constitués par un déplacement qui est, peut-être, un renouvellement. On pourrait ainsi voir comment, par exemple, la lettre, le récit littéraire, l'aphorisme philosophique, la critique esthétique, l'éditorial journalistique, l'analyse sociologique ou le discours politique sont investis, réécrits, modifiés, critiqués, parodiés… Les enjeux de telles appropriations, dont il faut rappeler le caractère personnel, généralement revendiqué, vont du jeu à l'engagement le plus entier, en passant par la concurrence, la distanciation, la contestation. Elles débouchent sur l'instauration de nouveaux modes d'intervention dans l'espace public, la mise en place d'autres critères de légitimation, la création de circuits parallèles d'appréciation. Sans aller jusqu'à invoquer l'exemple de Second life on peut constater une forme de virtualisation de la sphère socioculturelle.

Parmi les pistes abordées on pourrait suggérer les thèmes suivants :

- L'écriture peut tout d'abord supposer l'adhésion à un genre constitué (roman, poème, aphorismes, récit de voyage, journal intime, discours, essai, critique, article de journal, etc.), dont il faudrait étudier l'éventuelle distorsion dans l'actualisation particulière qu'en propose le blog. Elle peut au contraire choisir le porte-à-faux, soit par la revendication d'une nouvelle forme littéraire, soit par une recherche de style, de ton, de perspective, de regard qui, tout en dépassant le strict souci informatif et argumentatif, ne cherche pas une caution générique. L'écriture du blog implique aussi une conscience accrue de « l'image du texte », de « l'énonciation éditoriale » (Jeanneret, Souchier) qu'il met en place. On pensera notamment à des modes d'écriture ou de signature qui, sans être propres à internet, sont encouragés par ce cadre : arborescence, interactivité, prégnance de l'image et du graphisme…

- Ce désir d'écrire autrement peut faire du blog un lieu de contestation des institutions (littéraires, éditoriales, médiatiques, éducatives…), un espace d'émergence, réelle ou supposée, de contre-pouvoirs ou de pouvoirs parallèles. C'est aussi un lieu d'engagement créatif : manifestes, implication des internautes, appel à la discussion, à la prise d'initiative. Ce positionnement invite à réfléchir sur des notions telles que la démocratie participative, les communautés (idéologiques ou thématiques), les écritures du collectif (ateliers, oeuvres collectives ou interactives…). Il débouche sur une culture du « happy few » : création de communautés d'auteurs et de lecteurs, larges ou plus restreintes (phénomène des blogs privés) ; paroles de connaisseurs, lexique à inventer (néologismes, plurilinguisme) ; culte de la « niche » ; constitution de réseaux de sociabilité parallèles (nouveaux cénacles ou salons littéraires), jeux sur les identités pseudonymiques, les postures, les allusions, la connivence (textes à clés)…

- L'objet de l'écriture du blog est variable, mais reste configuré selon quatre axes. D'un côté les « choses vues », qui tirent le blog vers le journal, le bloc-notes, l'écriture fragmentaire, et l'orientent vers le réel. De l'autre, l'extimité (Tisseron), qui tend vers une écriture publique de l'intime, entre exposition de soi et mise en débat, égocentrisme et engagement. Le rapport à l'identité, et l'affirmation du genre sexuel pourraient s'inscrire dans ce cadre. Puis le savoir, qui fait du blog le lieu privilégié d'un partage des connaissances et des savoir-faire, un outil de vulgarisation ou d'apprentissage. Enfin, la création littéraire ou artistique. Les quatre peuvent bien sûr se rejoindre, par exemple dans certaines formes du journal intime.

- Le geste créateur suppose aussi une réflexion spécifique. La première question est celle de ses modalités. A-t-il lieu directement sur la page web, ou bien a-t-il ses brouillons, ses étapes préalables, voire ses variantes « papier » ? Comment se rattache-t-il à une identité (pseudonyme), à une communauté ? Quelle est sa pâte, son empreinte, sa trace ? Quelles sont ses contraintes matérielles ou morales (morcellement, taille, périodicité, fixité des formes, contraintes techniques, contrat avec les lecteurs, autocensure, etc.). La seconde question est celle de ses motivations. Qu'est-ce qui détermine la prise de parole ? Quelle forme d'engagement, de désinvolture ou de mise à distance suppose-t-elle ? Pourquoi choisir le blog plutôt qu'un autre support ? Que vise, et qui vise, celui qui écrit par ce biais ? La question ne se pose d'ailleurs pas du seul point de vue de celui qui tient un blog : elle est intéressante aussi du côté du lecteur, invité, la plupart du temps, à réagir.

- L'activité du lecteur est donc aussi une piste de réflexion importante. On peut chercher quelle est la part du lecteur, intervenant sur la création (interactivité) ou l'évaluation de l'oeuvre (réception) ; et la marge de liberté qu'on lui donne (totale, ou limitée par des domaines réservés). On peut aussi se demander ce qui provoque le désir d'écrire à son tour, à visage découvert ou abrité par un pseudonyme. Les modalités de cette écriture la rapprochent-elles de la lettre à l'écrivain ? du regard critique ? du commentaire de consommateur ? de l'émulation créatrice, lorsque le commentaire s'inscrit dans le projet d'écriture, voire vise à égaler le texte initial ?

- Le rapport à la temporalité s'avère donc complexe : effacement de « l'oeuvre » au profit d'un work in progress potentiellement infini ; bouleversement de l'ordre écriture/achèvement de l'oeuvre/lecture ; immédiateté et discontinuité de la lecture… D'où des problématiques mémorielles : genèse textuelle, souci de laisser une trace, relation à la postérité…

- La redéfinition de la valeur, enfin, nous semble essentielle. Eviter la sanction éditoriale, c'est aussi se priver de sa sanctification et de son système de légitimation. D'où la question de la « poubellication » (Lacan). Mais aussi les problèmes posés par la démultiplication des jugements de valeur dans les commentaires et plus généralement de l'« autoritativité » (Evelyne Broudoux). Beaucoup de blogs posent plus ou moins directement la question de la légitimité de celui qui parle : sa présentation (portrait formel, ironique ou intimiste, en quidam ou en spécialiste), son rattachement à une institution (ou son refus de s'y rattacher), sont autant d'indices indiquant d'où il parle…

Responsable : Christèle Couleau
11 rue Henri Martin, 94200 Ivry-sur-Seine.

Les Genres mineurs : genres de document et le document comme genre

Le XVIème congrès de l’Association australienne d’études françaises aura lieu à l’Université de Melbourne, Australie, du 14 au 16 juillet 2008. Nous invitons des propositions de communication autour du thème:
Les Genres mineurs: genres de document et le document comme genre :
Lettres, reportage, journaux intimes ou publics, témoignages et chroniques, annnonces, nécrologies, affiches,  conférences, consultations professionnelles, émissions documentaires filmiques, téléviseées ou radiophoniques, pages web, textos, tracts et manifestes, entretiens et interviews, réunions, débats … et bien d’autres encore. Autant de genres mineurs, que l’on rencontre et pratique tous les jours sans y réfléchir. Tous font partie du riche tissu discursif et culturel de la langue.  Ce colloque propose une réflexion sur ces genres en tant que types de représentation, de communication et d’interaction. Ainsi pourra-t-on s’interroger sur leur histoire et leur poétique, leurs conventions, leur pragmatique, leurs enjeux socio-culturels, de meme que sur l’importance et l’enjeu des critères génériques lors de la sélection des documents employés dans l’enseignement de la langue.

Date limite pour l’envoi des propositions, qui devront comporter un titre et un résumé de 200 mots : le 31 janvier 2008, à transmettre à Anne Freadman, freadman@unimelb.edu.au


Responsable : Anne Freadman




Dernière mise à jour : 13 septembre 2007