Transmission
et sentiment d'héritage dans l'écriture de soi
Écritures
auto/biographiques et traductions
Les Genres mineurs: genres de document et le document comme genre
Transmission
et sentiment d’héritage
dans l’écriture contemporaine de
soi ?
Projet d'ouvrage collectif du Centre de
Recherches
sur les Littératures Modernes et Contemporaines
(Université Clermont-Ferrand
II) dans le cadre du programme « Intergénération :
ruptures et continuités »
Direction : Béatrice Jongy (Université
Clermont-Ferrand II) et Annette Keilhauer, avec la collaboration de
l'APA (Association pour
l'Autobiographie et le Patrimoine
autobiographique, co-fondée par Philippe Lejeune)
I.
Orientation générale
Le volume traitera de l'image des relations
intergénérationnelles dans les écritures
contemporaines de soi :
autobiographies, (y compris romanesques), correspondances, journaux,
entretiens, mémoires…), dans une perspective interdisciplinaire.
Il s'agit
d'établir de réels dialogues et échanges entre
anthropologues/ethnologues,
historiens, historiens de l’art, sociologies, psychologues et bien
entendu
littéraires.
Les articles seront essentiellement consacrés à
l’époque contemporaine, avec cependant des mises en perspective
historiques.
Le titre envisagé, "Transmission et sentiment
d’héritage dans l’écriture contemporaine de
soi", met l'accent sur une double direction.
1. La transmission,
c'est-à-dire la volonté, de la part de celui qui
écrit,
de transmettre à ses descendants, ou à un / plusieurs
membre (s) appartenant à
une génération postérieure, une expérience
et une pensée. Cette transmission
d'un savoir générationnel peut prendre la forme de
témoignages sur des expériences
liées à un contexte historique traumatisant, tel que la
vie dans les camps,
l'exil, l'émigration… L'ouvrage L'Écriture de soi peut-elle dire
l'Histoire ? sous
la direction de Jean-François Chiantaretto, BPI en actes, Paris,
2002 (Actes du
colloque organisé par la BPI les 23 et 24 mars 2001), sera
à ce titre
particulièrement éclairant.
2. Le sentiment, de la
part de celui qui écrit,
d'être un héritier. Le "sentiment
d'héritage" définit l'impression
qu'a le sujet écrivant d'être l'héritier moral,
psychique, intellectuel et / ou
spirituel d'un parent, généralement disparu.
L'héritage peut être perçu comme
enrichissant, comme dans L'autobiographie de mon
père de Pierre
Pachet (1994). L'auteur s'est
efforcé de relater sa vision du nord de la Roumanie, d'où
son père
était originaire. Véritable «visiteur de
l'histoire», il tente d'établir au fil
des conversations avec ses interlocuteurs un dialogue autre que celui
qu'ils
ont l'habitude de nouer avec les Occidentaux de passage. Sans relâche, il s'exerce à faire
"pivoter" sa pensée, à opérer ses "conversions"
difficiles
mais seules capables de combler ce "désir de comprendre" aussi
douloureux que nécessaire.
Mais cet héritage est la
plupart du temps vécu
comme destructeur. Patrimoine (1994)
de Philip Roth est ainsi un véritable mémorial à
la maladie et l'agonie du
père. Le malheur indifférent (1975)
de Peter Handke et Lambeaux (1995) de
Charles Juliet retracent l'histoire de mères dépressives.
Le sujet mélancolique
devient alors une véritable crypte familiale, et son
écriture autobiographique,
plus ou moins travestie, dialogue avec un fantôme.
Les deux postures, positive et négative, peuvent
bien sûr se superposer, et il n'est pas rare que
l'héritier devienne, du fait
de l'écriture, un testateur. Dans Le premier
homme, Albert Camus, orphelin d'un
père
" mort pour la patrie " et unique soutien d'une mère
indigente et analphabète, se propose d'" arracher cette
famille
pauvre, au destin des pauvres qui est de disparaître de
l'histoire sans laisser
de traces : les muets" (Paris, Gallimard, 1994, p.
293.)
II.
Mères et filles
Une partie de cet ouvrage sera consacré aux
relations mères/filles, dont Caroline
Eliacheff et Nathalie Heinich (Mères-filles, une
relation à trois, 2002) ont montré qu'elle se caractérisait par son ambiguïté
et ses
fluctuations dans le temps. Les deux auteurs mettent d’ailleurs en
relief les
étapes qui marquent sa construction : “Le devenir-femme
centré sur le passage
de la tradition à la modernité dans le statut de la
sexualité ; le devenir-mère,
centré sur la question de la transmission ; et la confrontation
avec le
vieillissement et la mort.”
Des romans
autobiographiques comme La
Pianiste (1983) d'Elfriede
Jelinek, ou ceux d'Amy Tan, écrivaine
sino-américaine, (notamment The
Bonesetter's Daughter, 2001), qui
racontent son enfance auprès d'une mère suicidaire et
instable, en sont
l'illustration.
Le vieillissement et la
mort de la mère sont également l'objet d'ouvrages
à caractère autobiographique
comme ceux de Simone de Beauvoir (Une
mort très
douce, 1964), d'Annie
Ernaux, (Une femme, 1988),
de Pierrette Fleutiaux, (Des phrases courtes, ma chérie, 2004), de Noëlle
Châtelet, (La dernière leçon, 2005).
III.
L'APA
Le corpus ne se limitera pas à des écrivains
reconnus, mais intégrera l'ensemble des écrits
autobiographiques dans lesquels
cette notion d'hérédité est présente. C'est
dans cette perspective que la
collaboration de l'APA sera particulièrement fructueuse, dans la
mesure où elle
ouvre le champ littéraire à une perspective sociologique.
Cette asoccation assure en effet la
collecte, la
conservation et la mise à disposition de textes
autobiographiques inédits. Il est donc
souhaitable qu'un certain nombre
d'intervenants se penchent plus particulièrement sur ce fonds.
Dans l'optique
de la transmission intergénérationnelle, le corpus de
l'APA est en effet d'une
très grande richesse, et présente sans doute des
situations plus variées que
celles qui émergent dans le monde des livres imprimés.
Deux postures s'y
donnent à lire :
1. La famille
est perçue comme une entité dont le
scripteur devient le narrateur, s'effaçant lui-même. La
transmission justifie
parfois l'entrée en écriture. On interpelle alors les
destinataires dans le
préambule, on se justifie devant eux. On craint de heurter la
mémoire des disparus.
On découvre parfois qu'un ascendant avait déjà
envisagé ce travail. Il arrive
que l'on verse des preuves de l'Histoire, et le lecteur assiste alors
aux
pérégrinations familiales. La tonalité est en
général positive. L'ouvrage est à
envisager comme un hommage aux siens.
2. Le
scripteur se positionne lui-même dans la
famille réduite à sa plus simple expression, et met
l'accent sur sa propre
existence. Il souligne les failles et désordre de la famille,
qui apparaît
alors comme le lieu d'une tragédie, un caveau mortifère.
L'ampleur du fonds ne doit pas décourager les
bonnes volontés. Le fonds est très bien indexé,
grâce au Garde-mémoire, recueil des échos de lecture qui paraît tous les
deux
ans. Certains membres de
l'Association, en particulier Philippe Lejeune (Président) et Véronique Leroux-Hugon
(secrétaire), sont prêts à orienter les lecteurs,
en organisant une réunion d'information, et en assurant un
suivi. Dans des pays
voisins, l'Italie et l'Allemagne, des archives analogues sont fort
utilisées, et
permettent d'ouvrir le champ de la recherche.
Cf le site internet : http://sitapa.free.fr
Appel à contribution
Date limite : 30 juin 2007
Université de Cergy-Pontoise,
fin novembre 2077 (centre de recherches Texte/Histoire)
« Qu'est-ce que le moi », demande Pascal dans les Pensées ,
« Où est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, ni dans
l'âme ? « Ce moi, c'est-à-dire mon âme
», écrit pour sa part Descartes dans le Discours de la
méthode .
Dès l'apparition dans la langue du pronom substantivé
« moi », deux conceptions joueraient à front
renversé : celle d'une unité spirituelle, (unité
du moi, "unité composée" ?) et celle d'un objet de
désir, voire d'une fiction, ou d'une fable. Qu'en est-il de
cette figure de la modernité qui se cherche entre
littérature, psychologie et philosophie, d'égoïsme
en égotisme, intuition fragile toujours en quête
d'elle-même et de son autre?
Des Lumières à l'
« âge de l'histoire », pour reprendre le nom que
Foucault donne au XIXe siècle, de la modernité à
une réflexion contemporaine qui semble parfois vouloir retrouver
un sujet perdu, on s'interrogera sur l'historicité d'une notion
qui ne va pas de soi, au voisinage entre autres de sujet et de
personne, sur ses usages, ses fêlures et ses éclipses dans
la langue, du « moi » au « soi » : pour une
« archéologie du moi » à la lumière de
l'anthropologie, des philosophies du sujet, de la psychanalyse aussi.
À l'horizon de la réflexion, la question même de la
littérature, et de l'énigmatique consistance qu'elle
confère au « moi », revisitant sans cesse la fameuse
question de Figaro : « Quel est ce moi dont je m'occupe ? ».
Responsables :
Caroline Jacot Grapa
Gisèle Berkman
Les propositions de communication (une
page maximum, coordonnées complètes de l'intervenant)
sont à envoyer par courriel à
Caroline Jacot Grapa (caroline@jacot.net)
ou à
Gisèle Berkman (gisele.berkman@wanadoo.fr)
avant le
30 juin 2007
Appel à
communications : date limite 1er novembre 2007 (prolongée jusqu'au 15 novembre
2007)
de l’Association Internationale
d’Auto/Biographie
(IABA)
Thème
du Congrès : Écritures
auto/biographiques
et traductions
Le Centre de recherche biographique (Center for Biographical Research) et l’Association Internationale d’Auto/Biographie (International Auto/Biography Association, IABA) invitent les chercheurs de monde entier à venir participer au 6ème Congrès de l’IABA, qui se tiendra au « East-West Center », près du campus de l’Université d’Hawaii, à Mânoa (Honolulu).
Linguistique : Récits d’acquisition du langage, en relation avec la perception de l’identité, des relations avec les autres, de l’appartenance, de l’exclusion. Récits d’immigrants. Peuples indigènes et écriture auto/biographique. Textes multilingues. Textes polyphoniques et hétéroglossiques. Et naturellement, la traduction de textes auto/biographiques d’une langue à une autre.
Générique : Les écritures auto/biographiques se déplacent souvent d’une forme littéraire, artistique, disciplinaire, technologique ou rhétorique à une autre. Les communications peuvent traiter de représentations de vie par l’intermédiaire de n’importe quel média : film, expression graphique, écriture, image, représentation théâtrale. Elles peuvent étudier l’adaptation d’une forme de représentation à une autre – du livre au film, du film à la musique, de l’oralité à la littérature, de la page à la scène, des confessions de célébrités à l’auto-ethnographie, de l’étude de cas à la conversation. Ou bien elles peuvent s’intéresser à des œuvres multigénériques – écriture de vie en ligne incorporant des dimensions visuelles, auditives et textuelles, ou des performances combinant présence et représentation dans des médias divers.
Culturelle : la traduction, en matière de culture, concerne les efforts délicats mais nécessaires pour faire passer des idées, des histoires, des soucis, des désirs, des besoins, des politiques, des identités qui sont centraux d’une position ou communauté culturelle à une autre. La traduction est l’acte qui a toujours lieu dans ce que Mary Louise Pratt appelle la « zone de contact », et Greg Dening la « plage » où les cultures se rencontrent, ou dans une audition de « Commission pour la Vérité et la Réconciliation ». La traduction amène souvent nécessairement à traiter de problèmes de genre, race, classe et handicap (transnationaux, trans-genre, transculturels). Des déplacements entre états ou espaces (transits, transitions) donnent souvent leur forme aux récits de voyages. Et ils participent souvent à la dynamique politique et culturelle entre les nations, ou les groupes nationaux.
Comme notre souci principal sera de susciter et d’entretenir des échanges entre les participants au Congrès, les communications devront être limitées à quinze minutes, pour laisser le temps, dans toutes les sessions, aux questions et à une discussion générale. Des ateliers traitant d’un sujet unique et proposés en bloc seront les bienvenus. (Les ateliers et les sessions comportent trois intervenants). Etant donné le thème du Congrès, les ateliers peuvent être dirigés et les communications individuelles présentées dans la langue choisie par les intervenants – différents arrangements seront faits bien avant le Congrès pour permettre aux autres membres du Congrès de participer. Tous les intervenants doivent aussi informer les organisateurs des moyens nécessaires à leur présentation – DVD, Internet en ligne, projection visuelle, audio, etc.
Les résumés des communications doivent avoir environ 300 mots (1800 signes). Il faut un résumé pour chaque communication au sein d’un atelier. La date-limite pour l’envoi des résumés est le 1er novembre 2007. Quoique l’on préfère l’envoi par courrier électronique, les résumés peuvent être proposés par la poste ou par fax aux adresses ci-dessous.
IABA Conference Call for Papers
c/o The Center for Biographical Research
Department of English
Fax number: 1-808-956-3774
e-mail: biograph@hawaii.edu
Nous serons heureux de répondre à vos questions. Prenez contact avec le Center for Biographical Research aux mêmes adresses et numéros.
Craig Howes
Director,
Center for Biographical Research
Co-Editor,
Biography:
An
Interdisciplinary Quarterly
Professor of English
Appel à contribution :
journée d'études juin 2008
Organisatrices : Christèle Couleau et Pascale Hellegouarc'h –
CENEL, Université Paris 13.
Date limite de proposition : 30 octobre 2007
Le projet général
:
Les blogs forment un corpus à la fois massif et très
hétérogène. Leur nombre croissant, au-delà
du phénomène de mode, marque un retour en force du
« je », s'énonçant à travers une large
variété de thèmes, de styles, d'approches. Qu'ils
le théorisent eux-mêmes ou que leur pratique seule le
signale, ils apparaissent donc comme un lieu d'expression
spécifique, adapté à de nouvelles contraintes et
générant de nouveaux codes.
Cette journée d'étude ouvrira un séminaire dont
l'objectif sera d'observer les blogs, afin d'étudier notamment
la façon dont ils repensent les champs de l'écriture et
de la publication – création, édition, liberté
d'expression, réseaux de sociabilité,
légitimité des écrits, frontières des
genres…
Cette perspective suppose la collaboration de chercheurs travaillant
sur différents domaines (médias, littérature,
politique, sociologie culturelle, etc.), elle implique aussi une
relation étroite avec les acteurs de l'univers du blog. Outre sa
dimension scientifique, ce séminaire souhaite donc être un
espace d'échange et de rencontre.
La journée
d'études : Un genre blog ?
Il ne s'agirait pas de faire à tout prix du blog un genre
nouveau, mais, en jouant sur la polyphonie du terme, de poser de cette
façon la question des modalités d'écriture et des
horizons d'attente que ce mode d'expression programme à travers
la diversité de ses actualisations. D'où une tentative de
définition, non seulement en tant qu'objet technologique et
fonctionnel (ce par quoi le blog se différencie d'autres formes
d'écriture sur internet), mais aussi en tant qu'objet
esthétique. Peut-être trouverait-on un point de
départ dans la notion d'essai, au sens où l'entendait
Montaigne. On observerait en particulier en quoi le blog travaille les
genres constitués par un déplacement qui est,
peut-être, un renouvellement. On pourrait ainsi voir comment, par
exemple, la lettre, le récit littéraire, l'aphorisme
philosophique, la critique esthétique, l'éditorial
journalistique, l'analyse sociologique ou le discours politique sont
investis, réécrits, modifiés, critiqués,
parodiés… Les enjeux de telles appropriations, dont il faut
rappeler le caractère personnel, généralement
revendiqué, vont du jeu à l'engagement le plus entier, en
passant par la concurrence, la distanciation, la contestation. Elles
débouchent sur l'instauration de nouveaux modes d'intervention
dans l'espace public, la mise en place d'autres critères de
légitimation, la création de circuits parallèles
d'appréciation. Sans aller jusqu'à invoquer l'exemple de
Second life on peut constater une forme de virtualisation de la
sphère socioculturelle.
Parmi les pistes abordées
on pourrait suggérer les thèmes suivants :
- L'écriture peut tout d'abord supposer l'adhésion
à un genre constitué (roman, poème, aphorismes,
récit de voyage, journal intime, discours, essai, critique,
article de journal, etc.), dont il faudrait étudier
l'éventuelle distorsion dans l'actualisation particulière
qu'en propose le blog. Elle peut au contraire choisir le
porte-à-faux, soit par la revendication d'une nouvelle forme
littéraire, soit par une recherche de style, de ton, de
perspective, de regard qui, tout en dépassant le strict souci
informatif et argumentatif, ne cherche pas une caution
générique. L'écriture du blog implique aussi une
conscience accrue de « l'image du texte », de «
l'énonciation éditoriale » (Jeanneret, Souchier)
qu'il met en place. On pensera notamment à des modes
d'écriture ou de signature qui, sans être propres à
internet, sont encouragés par ce cadre : arborescence,
interactivité, prégnance de l'image et du graphisme…
- Ce désir d'écrire autrement peut faire du blog un lieu
de contestation des institutions (littéraires,
éditoriales, médiatiques, éducatives…), un espace
d'émergence, réelle ou supposée, de
contre-pouvoirs ou de pouvoirs parallèles. C'est aussi un lieu
d'engagement créatif : manifestes, implication des internautes,
appel à la discussion, à la prise d'initiative. Ce
positionnement invite à réfléchir sur des notions
telles que la démocratie participative, les communautés
(idéologiques ou thématiques), les écritures du
collectif (ateliers, oeuvres collectives ou interactives…). Il
débouche sur une culture du « happy few » :
création de communautés d'auteurs et de lecteurs, larges
ou plus restreintes (phénomène des blogs privés) ;
paroles de connaisseurs, lexique à inventer (néologismes,
plurilinguisme) ; culte de la « niche » ; constitution de
réseaux de sociabilité parallèles (nouveaux
cénacles ou salons littéraires), jeux sur les
identités pseudonymiques, les postures, les allusions, la
connivence (textes à clés)…
- L'objet de l'écriture du blog est variable, mais reste
configuré selon quatre axes. D'un côté les «
choses vues », qui tirent le blog vers le journal, le bloc-notes,
l'écriture fragmentaire, et l'orientent vers le réel. De
l'autre, l'extimité (Tisseron), qui tend vers une
écriture publique de l'intime, entre exposition de soi et mise
en débat, égocentrisme et engagement. Le rapport à
l'identité, et l'affirmation du genre sexuel pourraient
s'inscrire dans ce cadre. Puis le savoir, qui fait du blog le lieu
privilégié d'un partage des connaissances et des
savoir-faire, un outil de vulgarisation ou d'apprentissage. Enfin, la
création littéraire ou artistique. Les quatre peuvent
bien sûr se rejoindre, par exemple dans certaines formes du
journal intime.
- Le geste créateur suppose aussi une réflexion
spécifique. La première question est celle de ses
modalités. A-t-il lieu directement sur la page web, ou bien
a-t-il ses brouillons, ses étapes préalables, voire ses
variantes « papier » ? Comment se rattache-t-il à
une identité (pseudonyme), à une communauté ?
Quelle est sa pâte, son empreinte, sa trace ? Quelles sont ses
contraintes matérielles ou morales (morcellement, taille,
périodicité, fixité des formes, contraintes
techniques, contrat avec les lecteurs, autocensure, etc.). La seconde
question est celle de ses motivations. Qu'est-ce qui détermine
la prise de parole ? Quelle forme d'engagement, de désinvolture
ou de mise à distance suppose-t-elle ? Pourquoi choisir le blog
plutôt qu'un autre support ? Que vise, et qui vise, celui qui
écrit par ce biais ? La question ne se pose d'ailleurs pas du
seul point de vue de celui qui tient un blog : elle est
intéressante aussi du côté du lecteur,
invité, la plupart du temps, à réagir.
- L'activité du lecteur est donc aussi une piste de
réflexion importante. On peut chercher quelle est la part du
lecteur, intervenant sur la création (interactivité) ou
l'évaluation de l'oeuvre (réception) ; et la marge de
liberté qu'on lui donne (totale, ou limitée par des
domaines réservés). On peut aussi se demander ce qui
provoque le désir d'écrire à son tour, à
visage découvert ou abrité par un pseudonyme. Les
modalités de cette écriture la rapprochent-elles de la
lettre à l'écrivain ? du regard critique ? du commentaire
de consommateur ? de l'émulation créatrice, lorsque le
commentaire s'inscrit dans le projet d'écriture, voire vise
à égaler le texte initial ?
- Le rapport à la temporalité s'avère donc
complexe : effacement de « l'oeuvre » au profit d'un work
in progress potentiellement infini ; bouleversement de l'ordre
écriture/achèvement de l'oeuvre/lecture ;
immédiateté et discontinuité de la lecture…
D'où des problématiques mémorielles :
genèse textuelle, souci de laisser une trace, relation à
la postérité…
- La redéfinition de la valeur, enfin, nous semble essentielle.
Eviter la sanction éditoriale, c'est aussi se priver de sa
sanctification et de son système de légitimation.
D'où la question de la « poubellication » (Lacan).
Mais aussi les problèmes posés par la
démultiplication des jugements de valeur dans les commentaires
et plus généralement de l'« autoritativité
» (Evelyne Broudoux). Beaucoup de blogs posent plus ou moins
directement la question de la légitimité de celui qui
parle : sa présentation (portrait formel, ironique ou intimiste,
en quidam ou en spécialiste), son rattachement à une
institution (ou son refus de s'y rattacher), sont autant d'indices
indiquant d'où il parle…